C’était la dernière…

limousin_pleniere

C’était la dernière séance et les élus du groupe Limousin Terre de Gauche auraient souhaité la placer sous le signe de l’humour et la dérision. A côté de la plaque d’inauguration de l’Hôtel de région posée en 1986, ils en auraient posé une autre « rendant hommage » à un président de la République et une majorité qui ont scellé le destin de ce territoire… en le rayant de la carte institutionnelle.

Mais l’actualité dramatique en avait décidé autrement et c’est sous le signe de l’émotion que s’est déroulée cette ultime séance plénière du Conseil régional du Limousin. Après l’hommage rendu aux victimes et l’expression de la solidarité avec les proches le cœur n’y était pas vraiment et les quelques dossiers, mineurs, à l’ordre du jour ont été examinés et votés en à peine plus de une heure et demi. Il est revenu à Laurence Pache de prononcer l’intervention liminaire du groupe. Par ailleurs nous avons déposé un vœu demandant le maintien du rectorat et de l’académie de Limoges. 

Intervention liminaire de Laurence Pache au nom du groupe Limousin Terre de Gauche

Il est des temps dans une vie militante où la tâche est plus dure qu’à d’autres et les discours plus difficiles à prononcer. La période que nous traversons en ce moment en est une. Nous sommes encore tous et toutes sous le choc des terribles événements de la semaine dernière, où 129 personnes ont trouvé la mort dans des conditions atroces.

D’abord sans voix, c’est le sentiment qui a parlé en premier, et le premier de ces sentiments est bien entendu la compassion vis à vis des victimes et de leurs familles qui ont été si durement frappés. Je veux au nom du groupe LTG leur dire toute notre peine et notre solidarité.

Au-delà c’est tout un chacun qui est meurtri car ce que les terroristes ont attaqué c’est la République elle-même dans ses principes fondateurs de liberté d’égalité et de fraternité.

C’est donc en Républicains que nous devons penser et réagir.

Le premier de nos devoirs c’est celui d’être à la hauteur de nos principes. Ainsi ce dont rêvent les terroristes de Daesh c’est de nous voir divisés. Nous devons donc répliquer par l’unité. Mais ce que cela implique, ce n’est pas un unanimisme politique où le débat ne peut avoir lieu, et où nous serions sommés de taire nos divergences. Ce que veut dire l’unité que nous devons leur opposer c’est l’adhésion à un cadre commun de débat et surtout le refus de toute discrimination.

En effet, leur but c’est d’importer un soi-disant choc des civilisations pour que leur guerre terroriste devienne une guerre intérieure. C’est cela contre quoi nous devons lutter d’abord. C’est pourquoi il nous faut affirmer que ce que les terroristes ont fait vendredi ce ne sont pas les musulmans qui en sont comptables mais eux et eux seuls.

Même s’ils veulent habiller et cautionner leurs actes et leur objectif derrière une vision la plus intégriste et sectaire d’une religion ne cédons à aucun amalgame avec nos concitoyens qui croient, ou sont nés dans la croyance, de la 2ème religion de France et dont plusieurs ont également été les victimes vendredi. Rappelons aussi que les premières victimes de Daesh sont des musulmans : attentats de Beyrouth jeudi 12 novembre, attentats commis par Boko Haram au Nigeria, et exactions multiples en Syrie et en Irak.

Ne cédons pas non plus aux discours inqualifiables qui pointent du doigt les réfugiés venus de l’autre côté de la Méditerranée qui du coup seraient doublement victimes.

Ne leur cédons pas non plus sur nos libertés politiques. Rappelons-nous que les Etats-Unis sont eux-mêmes revenus des mesures d’exception prises à la suite du 11 septembre 2001, y compris sur le Patriot Act et ce parce qu’elles sont inefficaces pour combattre le terrorisme et liberticides.

Mais dans cette période si difficile n’avons-nous pas aussi un devoir de clarté et de lucidité ? Si nous vivons un moment de crise, ne devons-nous pas en penser les conditions d’émergence ? En effet, comme Gramsci le disait la crise est cette période de clair-obscur où le vieux tarde à mourir et le neuf tarde à naître, et où on voit les monstres apparaître et proliférer.

Si nous voulons un tant soit peu comprendre d’où viennent ces monstres, n’avons-nous pas le devoir de nous pencher sur les conséquences de nos propres actes ?

Au niveau international, il faudra faire le bilan d’une stratégie qui consiste depuis des années maintenant à suivre les Etats-Unis et les logiques va-t-en guerre de l’OTAN hors toute résolution de l’ONU, une politique qui vise plus à déstructurer les Etats existants sans que la démocratie ni la paix y aient trouvé leur compte, sans, au contraire, que les groupes terroristes aient diminué d’importance, une politique trop silencieuse sur la responsabilité d’Etats comme la Turquie qui réprime les forces de résistances kurdes qui combattent le plus efficacement Daesh sur le terrain.

Sur le plan intérieur il faudra aussi faire le bilan d’une politique de destruction de l’Etat dans toutes les dimensions des services publics si nécessaires à la sécurité des citoyens. Sans doute François Hollande a-t-il fait ce constat, puisqu’il a annoncé vouloir recruter pas moins de 5000 postes de gendarmes et de policiers, 2500 postes dans la justice et 1000 dans les douanes. Dans un éclair de lucidité il a même affirmé que le pacte de sécurité était à placer au-dessus du pacte de stabilité ! Le président eût du nous écouter plus tôt, nous répétons depuis 2012 que cette politique est une erreur tragique ! Détruire l’Etat et ses services est une folie et on le voit bien ces jours ci.

Mais il faut encore que le président pousse la prise de conscience un peu plus loin : oui nous avons besoins de policiers de douaniers et de juges, mais nous avons aussi besoin de médecins d’infirmiers, de professeurs, d’assistants sociaux, nous avons besoin de culture, de santé, de services publics, bref tout ce qui fait qu’un pays offre un avenir à ses enfants et prévient les désordres que les fous furieux essayent de provoquer. Tout ce qui est en définitive incompatible avec l’obsession comptable de la règle d’or.

Pour répondre à la situation inédite que nous vivons en ce moment il faut un Etat fort dans toutes ses dimensions et pas que dans sa dimension de protection. Certes, il faut des forces de police et des personnels qualifiés pour mener la lutte sur le terrain avec Daesh mais nous sommes opposés à la surenchère sécuritaire qui saisit le pays ces derniers jours. C’est pour cela que nous serons extrêmement attentifs à ce que l’état d’urgence ne perdure pas, et refusons sa constitutionnalisation : la République n’a pas besoin d’état d’exception permanent pour se défendre !

Nous ne sommes pas d’accord pour que les libertés publiques fassent les frais d’une lutte qui doit s’engager par des moyens humains et une politique internationale cohérente et ambitieuse. Commençons par frapper Daesh dans ses financements, ses liens avec des pays avec lesquels nous sommes alliés plutôt que de restreindre les libertés des citoyens.

Et pour prévenir que des jeunes perdus soient endoctrinés utilisons toutes les armes de l’éducation et de la culture ! Victor Hugo ne disait-il pas que chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne et que l’ignorance est la nuit qui commence l’abîme ?

Mais plus encore c’est par la vivacité de notre démocratie que nous pouvons aussi collectivement faire pièce aux idéologies mortifères. Ainsi nos concitoyens doivent pouvoir de nouveau débattre, s’engager, et participer.

Les régionales et la COP 21 approchent. Il est nécessaire que cette dernière ait lieu, car l’urgence climatique n’attend pas. Mais il est inacceptable que la société civile soit interdite de participer. La mobilisation citoyenne est indispensable et doit pouvoir s’exprimer.

Nous refusons que le débat démocratique et l’implication citoyenne soient entravés et confisqués par des logiques sécuritaires !

Pour les régionales, il est pour le moins surprenant que le chef de l’Etat ait décidé de les maintenir à cette date. On n’a jamais vu des élections sous état d’urgence dans notre pays ! Quel débat pouvons-nous avoir en ce moment sur les sujets cruciaux qui concernent la vie quotidienne de nos concitoyens et sur lesquelles les Régions ont un impact si fort ?

Et pourtant ce débat doit pouvoir avoir lieu, de la manière la plus sereine possible : il est nécessaire de se préoccuper d’éducation et de formation, de transports et d’aménagement du territoire, de développement économique ! La manière dont nous traitons ces questions relèvent d’un projet de société. Le nôtre c’est celui du bien vivre et de l’humain d’abord.

C’est celui que nous avons toujours défendu et que nous continuerons à défendre. Pendant 5 ans, dans le groupe Limousin terre de gauche nous avons mis en avant la nécessité d’une politique régionale et nationale qui se préoccupe d’abord d’égalité : égalité des citoyens, égalité des territoires plutôt que concurrence et compétition sont les maîtres mots de ce que devrait être une politique de gauche en mesure de redonner de l’espoir à nos concitoyens. Une politique qui s’empare à nouveau du seul objectif qui vaille : le progrès humain, plutôt que la course débridée au profit. Une politique qui émancipe au travers de tous les aspects de l’action publique, une politique qui mette l’exigence de citoyenneté et de solidarité au cœur de ses actions.

C’est pour cela que nous défendons les services publics, voulons être garants de l’égalité et de la laïcité, assurer la présence d’adultes et d’agents dans nos établissements d’éducation, dans les gares et transports en commun, faire que nos lycées soient les berceaux d’une éducation a Ìla citoyenneté que la culture vive sous toutes ses formes et partout, lutter contre la précarité et créer des emplois, faire que la formation, condition de l’émancipation, bénéficie la tous. C’est là la meilleure réponse au besoin de sécurité des concitoyens de notre région.

Construire les conditions du vivre ensemble sans laisser personne au bord du chemin, voilà ce à quoi nous aspirons car comme le disait hier le philosophe Bernard Stiegler, ce n’est qu’en projetant un véritable avenir qu’on pourra combattre Daesch.

Voeu relatif au maintien de l’académie de Limoges déposé par le groupe Limousin Terre de Gauche.

logo_academie_limoge_web_337633 « Considérant que le projet gouvernemental présenté aux organisations syndicales le 4 novembre dernier remet en cause l’existence même de l’académie de Limoges en instituant des régions académiques calquées sur le périmètre des nouvelles régions.

Considérant que dans le cas de la future région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, les académies de Limoges et Poitiers deviendraient alors de simples circonscriptions académiques, avec des compétences réduites, alors que le recteur de Bordeaux verrait les siennes renforcées sur l’ensemble des trois régions actuelles.

Considérant qu’il s’agit là d’un nouvel avatar de la réforme territoriale qui renforce le pouvoir de Bordeaux, principale métropole régionale, aux dépens des autres territoires, en particulier ruraux

Considérant que ce projet porte atteinte au service public de proximité et à un aménagement équilibré du territoire.

Considérant que ce projet a recueilli un avis négatif du CTM (comité technique ministériel de l’Education nationale)

Considérant que le gouvernement s’était engagé lors du Conseil des ministres du 31 juillet à maintenir l’ensemble des académies dont celle de Limoges

Le Conseil régional du Limousin réuni en séance plénière le vendredi 20 novembre 2015 :

  • demande au gouvernement que les académies de Limoges et Poitiers demeurent des académies de plein exercice.
  • Soutient l’ensemble des actions menées en ce sens »

La majorité régionale déclarait vouloir adopter ce vœu si notre groupe acceptait d’en retrancher un certain nombre de considérants. Au vu de l’importance de l’enjeu c’est ce que nous avons fait. Le vœu a donc été accepté dans sa nouvelle version et il a été voté à la majorité (LTG, PS, EELV, ADS).

Twitter Digg Delicious Stumbleupon Technorati Facebook Email

Pas encore de commentaires ... Soyez le premier à laisser une réponse !

Laisser un commentaire