Séance plénière du 20 mars 2015 (1ère partie) : quand le mouvement social s’invite en séance

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A quelques mois de la fusion du Limousin dans la grande région Aquitaine plusieurs schémas régionaux étaient à l’ordre du jour de cette séance plénière qui a vu le mouvement social s’inviter aux travaux avec la présence de quelques trois cents salariés.

Cette séance a commencé par l’examen d’une motion d’urgence sur l’avenir de la ligne ferroviaire Bordeaux-Lyon déposée par le groupe socialiste -cette procédure est rarement utilisé par le groupe majoritaire mais il est vrai que deux jours plus tard avaient lieu les élections départementales…- Elle sera adoptée à l’unanimité.

Limousin Terre de Gauche avait pour sa part déposé une question écrite – autre procédure autorisé par le règlement – concernant l’élimination des produits pesticides sur le territoire régional. Présentée par Laurence Pache elle était ainsi formulée :

«  Le 14 octobre dernier, le Conseil Régional décidait par une motion votée majoritairement de s’engager dans la voie de « l’élaboration de plans pluriannuels, d’une durée maximum de 7 ans, visant aux termes des plans, à éliminer, sauf crises sanitaires majeures, les produits pesticides ou « phytosanitaires » chimiques dans les productions agricoles limousines, les bâtiments et espaces publics et dans l’usage domestique situé dans le territoire régional ».

Il est en effet urgent d’éliminer ces produits à la fois toxiques pour la santé humaine et dangereux pour la biodiversité. Quel est l’état des travaux menés par l’exécutif régional sur ce sujet ? Un bilan des aides consenties à chaque type d’agriculture a-t-il été effectué ? L’exécutif travaille-t-il à la mise en œuvre de conditionnalités de nature à engager la transition vers une agriculture qui ne fasse pas usage des pesticides ?

Nous demandons également à ce que vous vous adressiez par courrier aux maires concernés par l’usage intensif de pesticides pour leur proposer de prendre des arrêtés municipaux informant et protégeant les riverains au moment des épandages ».

Dans sa réponse le Président de région s’est contenté de rappeler les grands objectifs du plan sans présenter toutefois un bilan chiffré.

 Les salariés s’invitent aux travaux

La séance avait commencé depuis un peu plus d’une heure et Christian Audouin s’apprêtait à intervenir lorsque près de trois cents salariés, à l’invitation de la CGT se sont invités aux travaux de l’Assemblée. Ils souhaitaient attirer l’attention des élus régionaux sur la situation générale économique préoccupante du Limousin. Après quelques minutes confuses , le Président de Région décidait qu’une interruption de séance suivrait l’intervention de Christian Audouin – elle sera très applaudie – et proposait de recevoir une délégation en compagnie des présidents de groupe. La discussion durera près d’une heure et demie. Les travaux de l’Assemblée reprendront finalement en début d’après-midi …

Discours liminaire de Christian Audouin pour le groupe Limousin Terre de Gauche

Si ce n’est pas aujourd’hui la toute dernière séance de l’histoire du Conseil Régional Limousin, celle-ci approche néanmoins à grands pas. A la façon d’Eddy Mitchell, nous donnons largement dans les projections-rétros, au travers des rapports figurant à notre ordre du jour soumis aux délibérations de notre assemblée, qui, bientôt, aura été rayée de la carte institutionnelle.

la-nouvelle-carte-des-regions-prevoit-la-fusion_2167468_800x400.jpgC’est un autre pouvoir, installé à Bordeaux à compter de 2016, qui sera en charge du devenir de ces rapports comme de l’ensemble des dossiers stratégiques et de gestion qui revenaient à la Région Limousin. J’entends et vois bien la grosse caisse de la communication, ou plutôt de la propagande, qui s’efforce de faire avaler, non les couleuvres mais les anacondas de la nouvelle carte des Régions. « La force d’une grande Région », « une région puissance 3 » titre un cahier spécial inséré dans la dernière livraison de la « Lettre du Limousin ». On voudrait ainsi nous faire croire à la farce de la petit région Limousin transformée en super puissance, de la Courtine jusqu’à St Jean de Luz !

Il faut donc alerter une nouvelle fois sur le fait que le futur ensemble régional accolé à la métropole bordelaise, ne sera pas le produit d’une coopération entre 3 régions pré-existantes, mais la conséquence de la désintégration du Limousin et de Poitou-Charentes, par processus de fusion dans le haut-fourneau aquitain. Le cahier spécial cité plus haut affiche la photo maintes fois publiée des actuels présidents des 3 régions, mains dans la main. Mais deux d’entre eux, dont le nôtre, sont déjà des fantômes institutionnels, si tant est que le troisième, celui de l’Aquitaine appelé à régner, ne se fasse pas expédier au tapis par les urnes, le moment venus. Dans l’ambiance politique générale du moment, aucune hypothèse n’est à écarter…

Si l’ambition du vaste espace régional dans lequel nous allons disparaitre, était porteur d’une nouvelle chance pour notre Limousin, les conditions du respect de son histoire géo-politique et de son originalité auraient été établies d’entrée de jeu. Or, c’est son humiliation qui prévaut plutôt, puisque le nombre de ses représentants élus sera divisés par deux au sein de l’Assemblée régionale à Bordeaux ! Votre document de propagande se garde bien de l’indiquer à nos concitoyens. Si 50% d’entre nous quittait à l’instant cet amphi de Limoges, les 50% restants éprouveraient une impression d’isolement dans une enceinte devenue trop vaste pour eux. Imaginons les 24 futurs élus régionaux, issus de l’ex –Limousin, dans l’amphi Bordelais où ils pourraient revêtir l’apparence d’une forme de curiosité exotique.

un-nom-qui-tombe-au-poil-pour-la-future-region-aquitaine_1194513_667x333.JPGMais écartons-nous des chemins de l’humour grinçant, pour réaborder le thème de la « Région puissance3 ». Si le nirvana social et économique était le port d’arrivée de la fusion territoriale, ses initiateurs n’auraient pas pris le soin d’éviter tout échange, toute concertation préalables ; et, à fortiori, toute consultation référendaire, auprès des acteurs et citoyens territoriaux et régionaux pourtant directement concernés par la réforme. Même les élus régionaux que nous sommes n’ont pas eu leur mot à dire, y compris les conseillers socialistes et autres membres de la majorité actuelle ! Le Président de Région alors en exercice, lui-même, n’a été affranchi qu’au tout dernier moment, après avoir navigué entre des hypothèses de sauces à la Clermontoise, à l’Orléanaise ou à la Poitevine….

Ces dénis de démocratie masquaient en fait l’inavouable. Cette création de 13 régions est l’un des piliers institutionnels de la stratégie libérale européenne. Sur le registre social et des services publics : l’austérité et les coupes sombres dans les dépenses publiques. Sur le registre économique : la dilapidation de l’argent public dans les tonneaux sans font et sans contreparties du crédit d’impôt et du pacte de compétitivité. Dans ce tourbillon libéral, les emplois passent et vont passer massivement à la trappe dans les secteurs publics, à commence par les hôpitaux, les secteurs de l’énergie, la SNCF (Christian Audouin prend le temps de réexprimer les positions du groupe terre de gauche sur le projet LGV et sur les enjeux du POLT). Sur le registre de l’interregionalité : l’objectif est la constitution de régions-métropoles, armées pour la compétition économique et financière entre elles, à l’échelle de l’Etat et de l’Europe ! Voilà pourquoi les enjeux de proximité, de démocratie citoyenne sont relégués par le pouvoir au seul niveau des discours politiciens, dans lesquels je classe ceux du premier ministre destinés à la ruralité.

Notre ruralité, le sort de nos communes et de nos villes moyennes sont illustrés en ce moment par les difficultés des collectivités à boucler leurs budgets, dont les recettes sont lourdement appauvries pas la chute des dotations de fonctionnement. Les colonnes des journaux sont remplies des râles et des plaintes des maires et présidents acculés aux fonctions d’arbitrage entre la baisse des investissements et l’augmentation des impôts locaux. On sait ce qu’est et ce que sera le prix à payer en terme d’emplois dans les entreprises du BTP et leurs fournisseurs.

2014-03-04austerite.jpgLes 13 nouvelles régions seront bien des leviers essentiels dans ce concert austéritaire global, qui creuse les inégalités et fractures sociales et territoriales, mais aussi les déficits et l’endettement du pays. A rebours des processus de décentralisation, elles portent tous les vices de la reconcentration des pouvoirs et des moyens disponibles, en courcicuitant les relais politiques, à l’image de la réduction du nombre des élus régionaux ici en Limousin, ou en constituant ici et ailleurs de vastes regroupements de communes aux budgets et libertés d’action supra-encadrés par la force régionale et ses schémas et programmes rendus prescriptibles par la loi. 

On ne peut qu’être satisfaits, dans ce contexte, du semi-recul infligé par le parlement au premier Ministre dans sa volonté annoncée dans son discours d’investiture d’éradiquer les conseils départementaux ! Existeront donc encore ces collectivités intermédiaires entre communes et régions lointaines. Mais qu’on se le dise : pour Manuel Valls et ceux qui le suivent, le saccage n’est que partie remise et, d’ailleurs, les départements aux compétences réduites seront eux aussi sévèrement encadrés et surveillés, chez nous depuis Bordeaux d’où s’exerceront les pleins pouvoirs économiques et territoriaux en provenance d’une sorte de nouveau duché d’Aquitaine sous bannière républicaine.

Il reste que, selon moi, les trois départements, s’ils ne pourront pas reconstituer la Région Limousin disparue, devraient être poussés par les acteurs sociaux économiques et politiques locaux, à agir ensemble, afin de coordonner le portage, la défense et la promotion des grands enjeux et des grandes exigences Limousines, auxquels ne pourront faire face les seuls pauvres 24 élus régionaux restants ! L’avenir immédiat est donc aux coopérations inter locales, à l’établissement de relais et de contre-pouvoirs de proximité, tant au plan politique qu’au plan économique ou culturel. Bref, la 6ème république frappe à la porte de l’histoire !

Dimanche, nous sommes appelés aux urnes. Dans ce contexte de déni démocratique, de surdité et de mépris des citoyens dans l’accomplissement de ces réformes territoriales, dans les affres sociales des politiques d’austérité dont François Hollande promet que quoiqu’il arrive dans les urnes, elle continueront de plus belle, dans ce théâtre politicien où s’agite dangereusement le premier ministre qui joue du Front national comme d’un archer nauséabond et grinçant au service d’un appel éculé et inefficace au vote gouvernemental utile, il ne faudra pas être surpris, dimanche soir, par l’ampleur de l’abstentions, des pourcentages de l’extrême droite et des retours en force de la droite traditionnelles vers l’exercice des pouvoirs.

Pressé par le président de séance à interrompre son intervention, Christian Audouin à brièvement conclu par un appel aux forces populaires de gauche et à l’ensemble des citoyens victimes de l’austérité, à travailler à la constitution d’un rapport des forces politiques afin que triomphent les vraies valeurs de gauche pour la mise en œuvre d’une alternative aux politiques libérales.

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2 réponses à “Séance plénière du 20 mars 2015 (1ère partie) : quand le mouvement social s’invite en séance”

  1. Vous êtes ma référence. J’espère que la lumière de votre phare pourra l’éclairer depuis Bordeaux! Bon travail!

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