Séance plénière du 21 mars – Partie I

POLLT ou barreau LGV Limoges-Poitiers : l’heure des choix

Peu de dossiers sensibles lors d’une séance plénière « rattrapée » par l’actualité avec la motion d’urgence déposée par le groupe Limousin Terre de Gauche sur l’avenir de l’axe POLLT après la lettre brûlot du ministère de l’écologie adressée aux financeurs du barreau LGV Limoges-Poitiers. Une motion qui a créé l’évènement en début de séance. A noter qu’au moment même où les élus régionaux débattaient de l’avenir du POLLT, un colloque sur le sujet se déroulait à l’Assemblée nationale. Le groupe avait délégué Pascale Rome qui est intervenue (voir son intervention sur le site www.terredegauche.fr).

Au programme  de cette première partie du compte rendu de la séance plénière du 21 mars :

   le POLLT s’invite dans le débat de la séance plénière…
 l’intervention de politique générale et régionale de Stéphane Lajaumont (Gauche Anticapitaliste) au nom du groupe « Limousin Terre de Gauche »

La seconde partie suivra d’ici quelques jours…  

I- Le POLLT s’invite au débat…

poltmenace.jpgRappelons que ce courrier du responsable des infrastructures au ministère de l’écologie demandait aux financeurs de cautionner une réduction drastique du nombre d’allers retours sur l’axe POLLT. Le groupe avait dénoncé le contenu de cette lettre dans un communiqué et interrogé le Président de Région sur sa position. Devant le flou de sa réponse, Limousin Terre de Gauche avait décidé de revenir sur le sujet en déposant une motion d’urgence à la séance plénière, afin que le débat ait vraiment lieu.

• Un texte qui demande aux élus de prendre position clairement :

« Considérant le contenu du courrier adressé le 25 janvier dernier par la Direction générale des Infrastructures du ministère de l’Ecologie aux présidents des exécutifs locaux (Mairies, Conseils Généraux, Conseils Régionaux) membres du Comité des financeurs du projet LGV Limoges-Poitiers.

Considérant que ce courrier propose d’améliorer artificiellement la rentabilité socio économique du projet de LGV Limoges-Poitiers en réduisant arbitrairement le nombre de circulations sur l’axe POLLT (Paris-Orléans-La Souterraine-Limoges-Toulouse) qui passeraient de onze allers-retours par jour à quatre.

Considérant que ce courrier met en effet en cause l’avenir de l’axe POLLT qui, avec deux tiers  de circulations en moins et la suppression des trains semi directs serait rapidement condamné au déclin, entrainant une rupture totale du service public ferroviaire pour une grande partie de la population desservie par cette ligne historique.

Considérant que la ligne POLLT reste un axe majeur d’aménagement du territoire et de service public irriguant les trois départements du Limousin mais aussi le Lot et le sud de l’Indre et servant de colonne vertébrale à l’échelle du pays.

Considérant que de nouveaux investissements sont nécessaires afin de moderniser les voies et le matériel roulant de cet axe majeur pour le transport des marchandises et des voyageurs.

Le Conseil régional du Limousin, réuni en séance plénière le jeudi 21 mars
– demande aux élus destinataires du courrier du ministère de l’écologie de se prononcer clairement contre la proposition de réduire le nombre de circulations sur l’axe POLLT
– se prononce pour le maintien de onze allers-retours par jour sur l’axe historique POLLT

• L’ « urgence » rejetée !!!

  Le règlement intérieur prévoit que tout texte déposé en « urgence » sera discuté prioritairement par l’assemblée dès lors que ce caractère d’ « urgence » est reconnu et voté par les élus. A l’ouverture de la séance, Jean Paul Denanot a demandé au groupe de motiver brièvement cette demande avant de procéder au vote. Christian Audouin est intervenu pour rappeler l’émotion que le courrier du ministère avait suscité chez bon nombre d’élus limousins, et en particulier creusois, avant de qualifier « d’inadmissible » le passage de 11 allers retours par jour à 4. Ce courrier démontre à l’évidence, précisait-il, que la complémentarité entre le barreau LGV et la POLLT, prôné par les défenseurs du barreau n’existe pas et que la réalisation du premier condamnerait à brève échéance le POLLT. L’ « urgence » de délibérer sur cette question est d’autant plus évidente, ajoutait Christian Audouin, que le rapport Bianco sur l’avenir des infrastructures ferroviaires françaises, attendu pour début avril, devrait orienter les choix gouvernementaux en termes d’investissements pour la prochaine décennie. « L’urgence n’est pas à décréter elle est dans les faits » conclura le président du groupe.

Des arguments qui –mais faut-il s’en étonner ?- ne convaincront pas la majorité régionale. A l’exception des élus Europe Ecologie les Verts qui s’abstiendront, et avec l’appui de l’UMP – sauf le creusois Turpinat- elle rejeta le caractère d’urgence de la motion. A noter l’embarras des élus socialistes creusois : une votera contre l’urgence (A. Martin), une autre ne prendra pas part au vote (S. Vaugelade), le troisième (G Pallier) étant opportunément absent le temps du vote, après s’être rendu compte du sujet mis au voix.

Face à ce refus, les élus Limousin Terre de Gauche demanderont une interruption de séance pour manifester leur incompréhension et leur indignation. Christian Audouin en fera état à leur retour, proposant par ailleurs de transformer la motion en vœu afin que le débat ne soit pas escamoté. Le Président de région donnera son accord et le texte sera alors renvoyé vers la commission transports et examiné avec deux autres voeux déposés sur cette même question par les groupes socialiste et Europe Ecologie les Verts.

• Vifs débats en commission

Outre la motion d’urgence de Limousin Terre de Gauche sur la question du POLLT, deux vœux avaient été déposés, l’un par Europe Ecologie, l’autre par le PS.

En commission, les élus socialistes présents ont proposé que leur texte, qui mêlait pourtant LGV et POLLT, les présentant comme complémentaires, soit présenté comme texte d’équilibre !!! Il ne s’est trouvé que l’UMP, pour appuyer cela de manière enthousiaste, en votant le texte présenté par le PS….  Stéphane Lajaumont a expliqué que le seul point qui, à l’heure actuelle, pouvait éventuellement être défendu conjointement par tous les groupes politiques était un vœu de défense des 11 allers-retours quotidiens du POLLT, dans le cadre d’une prise en charge par l’Etat, ce qu’avait cherché à faire la motion de Limousin Terre de Gauche, proposant même de faire disparaître toutes les formulations qui n’obtiendraient pas un accord de tous. Il  nous semblait indispensable que la représentation régionale puisse s’exprimer d’une voix unanime sur la question du POLLT, Malgré cela, et avec la morgue qui caractérise certains pro-LGV, Philippe Reilhac, qui présidait alors la commission, a demandé à ce que notre proposition soit rejetée, « celle du PS étant meilleure ».  En revanche, nous avons voté la motion d’Europe Ecologie, qui allait dans le sens de la nôtre et EELV a fait de même.

 – Chacun campe sur ses positions

Examinés comme le veut le règlement en fin de séance, les trois vœux sur le POLLT ne donneront lieu qu’à un bref débat où chacun campera sur ses positions. Sans surprise les textes présentés par Limousin terre de Gauche et Europe Ecologie les Verts seront rejetés et celui du PS adopté à la majorité avec les voix de l’UMP (à l’exception de Vincent Turpinat). Les masques sont tombés …

 

II- Intervention générale de Stéphane Lajaumont :

« Pour pouvoir engager enfin une politique de gauche, il serait temps d’oser la différence ! »

Lors de cette séance, après le PCF en décembre 2012 et le PG en juin 2013, c’était cette fois-ci à la Gauche Anticapitaliste, par la voix de Stéphane Lajaumont, de prendre en charge l’intervention de politique nationale et régionale.

alternativeausterite.jpgL’ordre du jour de cette séance plénière nous invite, tout comme l’actualité d’ailleurs, à regarder ce qui se passe en Europe. La récente tentative de hold-up sur les citoyens chypriotes est en effet un cas d’espèce : au lieu de remettre au pas le système bancaire chypriote qui spécule sur les titres de la dette grecque, on tente de faire les poches de ceux qui n’ont pas grand chose… Et c’est la commission européenne qui met cela en musique avec l’aval des ministres de l’Economie de la zone euro, dont le nôtre : sans doute ne souhaite-t-il pas reprendre à son compte les déclarations d’un obscur candidat gauchiste qui, en janvier 2012 en France, voulait engager la guerre contre la finance…

Regarder l’Union européenne aujourd’hui, c’est aussi prendre la mesure de la jungle libérale qui s’y développe. Certes, nous pouvons nous retrouver dans la démarche Ruract des « bonnes pratiques » à diffuser en Europe et sur le « rapport Denanot concernant la ruralité », mais ils sont seulement des gages de bonne conscience face aux choix idéologiques et politiques qui façonnent l’Union européenne d’aujourd’hui. Le rapport d’étape sur les programmes opérationnels 2014-2020, que nous avons rejeté lorsqu’il était soumis au vote de cette assemblée, s’inscrit hélas dans ce modèle d’une Europe-puissance : la compétition économique internationale comme seul horizon, afin de conquérir de nouveaux marchés. Lorsqu’il s’agit d’écraser son voisin, les pôles de compétitivité, la métropolisation, ou la stratégie dite de la « spécialisation intelligente » sont effectivement les outils adaptés !

Dans ce contexte, la priorité accordée aux hommes et à l’environnement, la prise en compte des territoires ruraux, ne sont qu’une vaste blague : la volonté de la commission européenne de faire passer le « 4ème paquet ferroviaire », en est un nouvel exemple, qui accélère le démantèlement du service public du rail, aux dépens de la qualité de la desserte de certains territoires… C’est d’ailleurs pour cela que nous présentons un vœu afin que la Région Limousin s’y oppose formellement.

Regarder l’Union européenne… c’est aussi mesurer les impasses de sa politique sociale… Même s’il en est des statistiques officielles comme des calculs du nombre de manifestants par la police, il y avait, selon la commission européenne elle-même 26,2 millions de personnes sans emploi en janvier 2013, soit 10,8?% de la population active dans les 27 pays de l’Union européenne, percutant en premier lieu les pays les plus étranglés par la politique de l’UE, Grèce, Espagne et Portugal.


Dans ce contexte de dégradation sociale, la France n’est pas épargnée
, avec 3,1 millions de personnes privées d’emploi et même, si l’on veut être juste, 4,6 millions en additionnant, les trois premières catégories définies par Pôle Emploi.

Le Limousin ne fait pas exception avec 30839 chômeurs fin janvier 2013 (catégorie A) et même 48375 si l’on y ajoute les catégories B et C, en hausse de 10,5% sur un an (soit 3000 personnes de plus !). Et si la hausse est forte dans toutes les catégories elle est particulièrement marquée chez les jeunes et les plus de 50 ans. Et dire que certains parlent de reculer encore l’âge de la retraite, sans doute parce qu’il est essentiel d’aggraver le chômage !

Plans sociaux en cascade chez PSA, Goodyear, Arcelor Mittal, Renault, sans parler d’Albany ou hier de Crown, Jacob Delafon ou Madrange…Où sont-elles les bonnes résolutions de la campagne électorale ? Montebourg, Hollande : c’était qui ces gauchistes qui envisageaient de contraindre par la loi les multinationales à céder les sites qu’elles voulaient fermer, ou qui parlaient d’utiliser l’arme de la nationalisation ? Parce, dans les faits, aujourd’hui habemus papam… mais pour une politique de gauche, la fumée est encore noire…

 

austeritefaujour.jpg

Et pourquoi ce qui était inacceptable hier du temps de Sarkozy devient aujourd’hui la réponse politique à apporter ?

Il n’y a toujours aucune loi contraignante pour les groupes propriétaires de ces usines, aucune volonté d’interdire les licenciements dans les entreprises qui font des bénéfices en garantissant une reconversion/formation financée collectivement par tous les employeurs (c’est-à-dire une responsabilisation collective a contrario des logiques de concurrence).

Pourquoi ne pas redonner aux salariés des armes leur permettant d’assurer le contrôle de leur entreprise…Est-ce pour confirmer ce que Coluche disait déjà il y a déjà un quart de siècle ? « Les socialistes ont le pouvoir mais ils ne savent pas à qui le donner ». 

Et oui… au lieu de redonner le pouvoir aux salariés, le gouvernement s’en prend à leurs droits, en envisageant de valider l’accord « compétitivité-emploi » signé entre le patronat français et quelques syndicats minoritaires, qui permet de casser les conventions collectives en privilégiant les accords d’entreprise, de favoriser la flexibilité et ainsi conduire à une baisse du pouvoir d’achat au nom de ce dogme libéral absurde qu’est la recherche de compétitivité. Et c’est pour cela que nous avons déposé un vœu demandant au parlement de ne pas transcrire l’Accord National Interprofessionnel dans la loi.

Pourquoi le gouvernement renonce-t-il aussi à séparer les banques de dépôt et de finances : le projet de loi est réduit à peau de chagrin… et les principales banques versées dans la spéculation applaudissent des deux mains : comment ripoliner l’existant sans aucune contrainte pour les organismes bancaires. La Banque publique d’investissement, dont la séance présente nous demande de valider la mise en œuvre de la Gouvernance régionale, relève d’une bonne idée, celle de permettre une intervention publique politique dans l’économie. Mais elle n’est qu’un outil mineur puisqu’elle ne dispose que de 42 milliards d’euros, déjà mobilisés dans les dispositifs actuels, quand son homologue allemande, la banque KFW, en possède 10 fois.

Si on veut vraiment déclarer la guerre à la finance et que les crédits destinés à des investissements utiles soient rapidement débloqués il n’est pas possible de se contenter de demi-mesures : il faut donc créer un pôle financier rassemblant les organismes publics, renforcé par la nationalisation de groupes bancaires aujourd’hui privés.

De tels renoncements politiques sont en phase avec une Europe de l’austérité généralisée, permise par le Mécanisme Européen de Stabilité co-signé par Merkel et Sarkozy et confirmé sans renégociation par Hollande. Même en région Limousin, nous n’allons pas y échapper : que pèsera le micro-plan de relance d’octobre 2012, face à la politique de rigueur du gouvernement… Dans quels budgets régionaux vont se faire les prochaines coupes budgétaires ? L’éducation ? La culture ? Les infrastructures utiles à tous ?

impotsfaujour.jpgParce qu’il s’agit bien de mettre en regard les 15 milliards de réduction des dépenses publiques et les 20 milliards d’euros de cadeaux fiscaux déjà octroyés au patronat. C’est bien plus simple que d’aller chercher l’argent où il se trouve : personne n’envisage la suppression des niches fiscales sans utilité sociale, économique et écologiques, la taxation du capital, ou la fin de l’exonération des cotisations sociales.

Dire cela, ce n’est pas tirer à boulets roses sur le gouvernement… C’est simplement affirmer que nous n’avons pas chassé Sarkozy du pouvoir pour subir une telle politique !

Enfin, il me reste à évoquer un dernier sujet qui devrait être à l’ordre du jour. Et pour lequel nous avons déposé une motion d’urgence que vous venez de rejeter. C’est le POLLT : la lettre du directeur général des infrastructures du Ministère  de l’Ecologie au Comité des financeurs de la LGV Limoges-Poitiers, fin janvier 2013, est explicite : elle indique qu’il ne peut y avoir de rentabilité du barreau LGV qu’en restreignant l’axe POLLT à 4 allers-retours par jour et en les transformant en omnibus. Alors que le POLLT est un axe historique c’est aussi un projet d’avenir, soutenu, par un nombre croissant d’élus de la Creuse, de la Corrèze, de l’Indre, du Cher, de Poitou-Charentes, de toutes les sensibilités politiques et ce malgré l’obstination de quelques barons et d’une marquise, souvent socialistes, parfois UMP et essentiellement haut-viennois. C’est pour cela aussi qu’à l’assemblée nationale, notre camarade Pascale Rome participe en ce moment, au nom du groupe Limousin Terre de Gauche, à un colloque sur la modernisation et le développement de la ligne POLLT, comme troisième radiale nationale.

Jusqu’à présent, l’exécutif régional a défendu la possibilité de maintenir à la fois le POLLT et la LGV : c’est ce que vous nous avez également répété dans le courrier que le groupe Limousin Terre de Gauche vous a adressé à ce sujet. Or cette lettre du ministère de l’écologie montre clairement qu’il n’y a pas complémentarité mais substitution. Libre à chacun de faire l’autruche… mais il n’est pas possible de remettre en cause la qualité de la desserte sur l’axe POLLT : le conseil régional du Limousin doit dire clairement : nous refusons toute proposition d’abaissement de la fréquence actuelle et voulons le maintien des 11 allers-retours.

Je conclurai avec le rapport sur la marque Limousin, également au programme de cette séance, marque qui nous invite à « Oser la différence ».

Alors je vous invite aussi, collègues de la majorité régionale, à oser la différence politique, loin du plan d’austérité Sarkozy-Merkel et de l’allégeance au MEDEF, contre les droits des salariés. Osez vraiment déclarer la guerre à la finance.

Comme le disait Jaurès, « quand on ne peut changer de politique, on change les mots ». Alors ne changez pas les mots, mais changez de politique !

On ne perd que les combats que l’on ne mène pas…  Osez enfin engager une politique de gauche !


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