Plénière du 28 juin – I – Intervention Stéphane Lajaumont

I – Intervention liminaire de Stéphane Lajaumont lors de la séance plénière du 28 juin 2012


Avant de commencer cette intervention, je voudrais saluer la présence des salariés d’Europ Ambulance en lutte depuis quatre semaines pour défendre les conditions d’exercice de leur métier, mais aussi les droits sociaux élémentaires, bafoués par un employeur qui ne respecte pas le code du travail. Et j’espère que le vœu de soutien proposé par Limousin Terre de Gauche sera voté unanimement par l’ensemble du conseil régional du Limousin.


 Enfin ! Après 10 ans de destruction des acquis sociaux, des services publics au profit des intérêts de quelques privilégiés, la droite vient d’être battue dans les urnes. Tous ceux qui ont lutté ces dernières années, que ce soit sur la question des retraites, de l’école, du refus des lois liberticides et discriminatoires, pour obtenir des hausses de salaires ou combattre les licenciements, ne peuvent qu’être satisfaits de voir leur résistance porter ses fruits.
Il n’est pourtant pas possible de s’en contenter, quand plusieurs millions de nos concitoyens sont toujours au chômage ou soumis à une précarité croissante et vivent dans l’inquiétude de la fin du mois et des factures qui les attendent. Il est d’ailleurs surprenant que la première réponse politique, à travers une augmentation dérisoire du SMIC (moins de 5 centimes par heure de travail) satisfasse d’abord le MEDEF et que le coup de pouce annoncé apparaisse plutôt comme un doigt d’honneur pour les salariés !
Hollande-merkel
Et ce d’autant plus que la période qui nous attend n’est pas vraiment rose, même lorsque le son de l’accordéon tente de l’adoucir : il suffit de voir la place prise dans notre pays par un parti néo-fasciste qui tente de détourner la colère populaire vers les impasses dangereuses de la xénophobie, du racisme ou du nationalisme ; inquiétude d’autant plus grande quand une partie de l’UMP affiche sa proximité programmatique et politique.

Cette défaite de la droite change également la donne dans les collectivités locales : le carcan budgétaire imposé jusque là par le gouvernement, et dénoncé à juste titre, ne peut plus être un argument valable. Il n’est pas possible d’envisager un gouvernement de gauche qui maintienne le gel des dotations des collectivités, ou alors la contrepartie doit être de reprendre la gestion directe par l’Etat de certaines missions confiées : la pertinence de certains transferts de compétence devrait d’ailleurs donner lieu à un large débat public, avant d’engager une troisième étape contestable de décentralisation qui n’est pas sans rappeler, par bien des égards, un retour à l’Ancien Régime. Et je fais bien ici allusion à celui d’avant 1789. Dans le même esprit, certaines contraintes règlementaires dépendant de lois de droite devront être supprimées : à titre d’exemple, et puisque nous aborderons aujourd’hui la protection sociale des agents, il faudra revenir au plus vite sur le délai de carence imposé en cas de maladie.
 
On nous dit que le changement c’est maintenant ? Soit ! Et il y a effectivement une responsabilité particulière de la gauche en la matière.
Sans balayer l’ensemble de l’ordre du jour, et sans revenir sur les questions écrites que nous avons déposées, pour faire avancer plusieurs dossiers dans cette collectivité et qui concernent le transport ferroviaire, le Pass contraception, le mandatement pour les questions de formation et le projet Yasuni ITT, je voudrais attirer l’attention de l’assemblée sur trois dossiers :


 1) Le premier a déjà donné lieu à un échange lors de la dernière séance plénière : il s’agit des manuels scolaires.
Nous avions alors affirmé notre satisfaction de voir mise en œuvre cette revendication ancienne, que nous portions depuis longtemps, d’autant plus que cette dotation aux établissements coûte moins cher à la collectivité tout en allégeant aussi le coût de la rentrée scolaire pour les familles de l’enseignement public. Restent toutefois quelques points à régler, notamment sur les moyens humains à mettre en œuvre rapidement pour réussir cette expérimentation.
Malheureusement le diable était dans les détails, en l’occurrence par le biais d’une dotation aux établissements de l’enseignement privé qui, rappelons-le, est à 95% confessionnel, et ce, alors même que la loi n’y oblige pas. Ce soutien actif de la collectivité contribue à la mise en concurrence du service d’éducation entre public et privé. C’est ce qu’ont d’ailleurs regretté, dans un récent communiqué commun, les défenseurs de l’école laïque, par la voix notamment des principaux syndicats des personnels et fédération de parents d’élèves. L’exécutif régional a donc cherché à trouver un habillage plus honorable, qui nous est présenté aujourd’hui : désormais la région restera propriétaire des manuels et les mettra à disposition des familles de l’enseignement confessionnel : le tour de passe-passe pour continuer à doter l’enseignement privé ne trompera personne (et je n’ai qu’à regarder les bancs de l’UMP pour observer leur satisfaction). Je ne suis pas sûr, qu’en la matière, le changement, ce soit maintenant.


 2) Le second dossier concerne l’emprunt : 

EmpruntNous nous étions émus, au printemps 2012, de découvrir dans la presse que la Région allait à nouveau lancer un emprunt auprès des marchés financiers, alors que la présentation du budget 2012 restait étonnamment discrète sur le fait qu’il s’agirait d’un emprunt obligataire. Il a fallu attendre les dossiers de cette séance, pour que, p.277, sous un titre peu explicite, nous soit présenté un « compte rendu de délégation du président en matière de crédits de trésorerie et d’emprunts » pour savoir que l’on recommençait à mettre en œuvre ce dispositif nocif pour l’indépendance de la Région, à hauteur de 25 millions d’euros dans un premier temps, mais pouvant être reconduit très aisément. Une nouvelle fois, il s’agit de recourir au marché et à ses règles libérales, sous la pression des agences de notation, ici Standard and Poors, qui, dans son rapport annuel, félicite la région de contraindre ses dépenses… : la période récente nous a montré, en Europe, que ce type d’emprunt revenait à se passer la corde au cou, en cas de dégradation des finances publiques. Et c’est totalement contradictoire avec le fait de réclamer la libre administration des collectivités… si c’est pour se retrouver menotté par les marchés financiers.

La justification est celle de la difficulté à se financer auprès des établissements bancaires ? Raison de plus pour ne pas jouer le jeu de la libéralisation de la finance, et obtenir a minima, sans même aller jusqu’à la nationalisation de tout le secteur bancaire, que l’on pourrait espérer, la mise en place d’un pôle public bancaire et de crédit.

Mais, en choisissant à nouveau l’emprunt obligataire, l’exécutif  socialiste limousin laisse entendre, qu’en la matière, le changement, ce n’est pas pour maintenant.

3) Dernier thème enfin. L’un des rapports nous invite à valider la démarche engagée par le Limousin dans le cadre de la stratégie Europe 2020.

Stratégie qui prolonge, en en reprenant l’essentiel, celle de Lisbonne, qui accentuait l’engagement de l’Europe dans une compétition mondiale, cherchant à marchandiser tous les aspects de la vie des hommes.

L’affichage apparaît ici sympathique : il s’agit de mettre en oeuvre une croissance « intelligente, durable et inclusive » : mais qui voudrait d’une croissance idiote, éphémère et excluante ? Pourtant, derrière l’apparence, il y a les logiques à l’œuvre : les très modestes objectifs affichés de réduction de la pauvreté ou de protection de l’environnement sont soumis à un préalable : toute croissance doit être accompagné d’une réduction des déficits. Ce qu’en termes moins gestionnaires on appelle aujourd’hui une politique d’austérité portant atteinte aux services publics et aux droits sociaux de la majeure partie des travailleurs, tout en préservant les logiques spéculatives et marchandes.

Hier, nous avons dénoncé à juste titre le Mécanisme Européen de Stabilité et le traité Merkozy, mais nous ne pouvons que nous interroger sur les interventions conjuguées d’Angela Merkel et François Hollande la semaine dernière pour convaincre le peuple grec de voter pour l’austérité, privilégiant une alliance qui devrait être contre nature, et porter à la tête du gouvernement grec un parti politique de droite ! Pourquoi, ne pas remettre en cause l’indépendance de la BCE, s’engager sur le contrôle et la taxation des capitaux, imposer une harmonisation sociale européenne par le haut. Sans cela, le pacte de croissance annoncé restera un jouet vite abandonné dans les mains des politiques de rigueur.

Alors oui, cela percute effectivement la manière dont le Limousin peut s’inscrire dans cette stratégie Europe 2020 : ce n’est pas en s’engageant plus avant dans la compétition entre territoires, et souvent contre les hommes, que le Limousin peut tirer son épingle du jeu. Ce n’est pas en jouant les pôles de compétitivité, en concentrant l’activité sur l’agglomération de Limoges, en oubliant le POLLT, seul axe structurant de tout le Limousin pour préférer la LGV que l’on développera un territoire aménagé et équilibré. C’est au contraire en recherchant les cohérences territoriales, au sein de la région, afin de structurer une présence humaine, des activités économiques, appuyées sur des services publics et des transports présents sur l’ensemble des bassins de vie, urbains ou ruraux.

C’est aussi en refusant les logiques de compétition et de concurrence entre régions de France ou d’Europe pour privilégier la satisfaction des besoins essentiels de tous.

C’est là que se trouve le changement, en non en continuant à reproduire ce qui ne marche pas, en parfaite allégeance au libéralisme. Comme le disait Francis Blanche, « Face au monde qui bouge, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement ! » 

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