Pas besoin de biométrie dans les lycées !

La région Limousin veut s’engager à financer des dispositifs de biométrie pour les selfs des lycées et lycées professionnels du Limousin qui en feraient la demande, comme biometrie3atteste le dossier présenté devant la commission Education début novembre. Dès le mois d’octobre, informés de ce projet, les élus Limousin Terre de Gauche ont attiré l’attention du président de Région sur le gaspillage d’argent public de ce dispositif et, plus encore, sur le modèle de société policée que cela construit.

Voici le contenu de ce courrier :

« Monsieur le Président,

Nous avons été informés par des représentants syndicaux d’un projet de la région visant à instaurer des dispositifs biométriques supplémentaires afin d’automatiser l’accès aux cantines des lycées. L’information nous a été confirmée par les services lors de la réunion de la 5ème commission qui s’est tenue le 11 octobre 2010.

Bien que ces solutions se veuillent un moyen de pallier les inconvénients du système d’accès par carte (pertes, vols de cartes), nous considérons qu’elles sont disproportionnées par rapport à ce qu’elles sont censées résoudre.

En effet, l’identification par la biométrie suppose que l’usager livre une information très individuelle, la plus individuelle de toutes, pour s’identifier en temps réel. Une telle précision d’information est-elle requise pour permettre le passage des élèves à la cantine ? Les pertes de cartes (que les élèves peuvent remplacer à leurs frais) justifient-elles qu’on ait recours à un tel moyen ? 

La disproportion entre le problème et la solution envisagée montre que le véritable débat ne se situe pas sous l’angle de la praticité d’un dispositif, même techniquement moderne, par rapport à un autre. L’enjeu se situe sur le terrain des valeurs. Or, la mise en place de la biométrie s’intègre dans une logique toujours plus poussée de surveillance des individus qui mène à la construction d’une société de plus en plus coercitive portant attente aux  droits et à  l’intimité des individus.

Mettre en place ce dispositif dans les établissements scolaires, c’est faire accepter par nos jeunes une surveillance exagérée et les habitue à être soumis à un système de surveillance généralisée, contraire à la volonté émancipatrice de l’école républicaine. L’efficacité du système est bien ici le problème. Avons-nous réellement besoin d’identifier si parfaitement les individus, de contrôler à ce point leurs déplacements et leurs actes ? En réalité cette volonté de contrôle est pour nous inacceptable.

La puissance publique doit protéger la liberté des individus. Elle doit savoir ne pas outrepasser certaines limites, même si ses intentions sont les meilleures du monde. La condition de la « liberté de choix » individuelle de pouvoir continuer à utiliser une carte au lieu d’une identification biométrique, imposée la CNIL n’est pas à nos yeux une garantie suffisante. (Nous savons que c’est ce qui se pratique au lycée Jean Giraudoux de Bellac). Il n’en reste pas moins que c’est un problème de choix de société et non de choix individuel.

En conséquence, nous vous demandons de reconsidérer ce projet et de ne pas donner suite à la demande qui vous a été faite de le mettre en place.

Dans l’attente, veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de nos salutations respectueuses. Les élus Limousin Terre de Gauche.

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